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Évolution ulcéro-nécrotique sévère sous traitement par mogamulizumab chez un patient atteint d’un lymphome T périphérique cutané primitif

Severe Ulceronecrotic Evolution during Mogamulizumab Treatment in a Patient with Primary Cutaneous Peripheral T-cell Lymphoma
Introduction

Le mogamulizumab, un anticorps monoclonal anti-CCR4, est actuellement indiqué dans le traitement des lymphomes T cutanés primitifs (mycosis fongoïde et syndrome de Sézary). Son autorisation repose sur l’essai de phase III MAVORIC, qui a montré une amélioration significative de la survie sans progression par rapport au vorinostat. Les éruptions médicamenteuses sont rapportées comme « très fréquentes » dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), sans mention d’une évolution ulcéro-nécrotique des lésions cutanées. Nous rapportons ici un cas d’évolution ulcéro-nécrotique sévère survenue sous mogamulizumab chez un patient atteint d’un lymphome T périphérique cutané primitif non spécifié (pcPTCL-NOS).

Objectifs

Rapporter une évolution ulcéro-nécrotique sévère et jusqu’alors non décrite des lésions de lymphome cutané sous mogamulizumab et discuter les mécanismes potentiels ainsi que les signaux de pharmacovigilance.

Méthodes

Un homme de 55 ans était suivi pour des lésions cutanées nodulaires d’aspect vasculaire, prédominant aux membres inférieurs, évoluant depuis plusieurs années sans atteinte extracutanée. L’histologie montrait de façon répétée un infiltrat lymphocytaire atypique CD3+CD4+CD7- CD30- avec un clone T cutané dominant et une composante vasculaire, compatible avec un pcPTCL-NOS. Plusieurs traitements systémiques ont été administrés successivement (méthotrexate, doxorubicine pégylée liposomale, interféron pégylé, bendamustine) avec une efficacité limitée ou une toxicité significative. Le mogamulizumab a été introduit en cinquième ligne (1 mg/kg hebdomadaire ×4, puis toutes les 2 semaines) en raison de l’expression de CCR4.

Fig. 1. Lésions tumorales au début du traitement par mogamulizumab.

Résultats

Dès le 3ème jour suivant la première perfusion, certains nodules ont évolué vers des lésions ulcéro-nécrotiques douloureuses, tandis que d’autres restaient stables ou progressaient. Aucun signe systémique n’a été observé. L’évolution s’est aggravée au fil des semaines, conduisant à l’arrêt du traitement après 8 perfusions. Deux mois plus tard, les ulcérations persistaient, certaines nécessitant une greffe cutanée. Le traitement ultérieur par BV-CHP a permis une réépithélialisation progressive et un aplatissement tumoral.

Fig. 2. Évolution ulcéro-nécrotique 6 semaines après la dernière perfusion.

Conclusion

Les éruptions cutanées associées au mogamulizumab sont généralement bénignes et non nécrotiques. Cependant, ce cas suggère une évolution ulcéro-nécrotique rare mais sévère. Les données de pharmacovigilance (VigiBase) identifient des événements similaires, bien que le lien de causalité reste difficile à établir. Les mécanismes possibles incluent une dérégulation immunitaire via la déplétion des lymphocytes T régulateurs, la formation d’auto-anticorps ou une cytotoxicité directe au niveau des lésions exprimant CCR4. Une surveillance clinique étroite et prolongée est essentielle chez ces patients.

Comme pour toute base de données de pharmacovigilance, l’établissement d’un lien de causalité entre un effet indésirable rapporté et un médicament suspecté reste difficile. Les conclusions issues de VigiBase ne reflètent pas les positions de l’OMS ni de ses institutions affiliées.

L'auteur de l'équipe Epilogy
Quentin Samaran

Évolution ulcéro-nécrotique sévère sous traitement par mogamulizumab chez un patient atteint d’un lymphome T périphérique cutané primitif

https://doi.org/10.2340/actadv.v106.adv-2025-0279