11 doctorants engagés dans des projets de recherche en épidémiologie et Santé Publique
L'équipe de recherche Epilogy, Épidémiologie et évaluation des thérapeutiques en dermatologie et dans les maladies inflammatoires à médiation immunitaire accueille actuellement 11 doctorants travaillant sur des projets de recherche en épidémiologie, santé publique et évaluation des traitements..
Leurs travaux portent notamment sur l’analyse de données de santé à grande échelle, l’évaluation de l’efficacité et de la sécurité des traitements, ainsi que le développement de méthodes méthodologiques avancées appliquées aux maladies dermatologiques et aux maladies inflammatoires à médiation immunitaire.
Ces projets doctoraux contribuent à mieux comprendre les mécanismes des maladies, améliorer les stratégies thérapeutiques et produire des données scientifiques robustes afin de soutenir la recherche clinique, la prise de décision en santé publique et l’amélioration de la prise en charge des patients.
Inscription en 2025
Évaluation en vie réelle des thérapies ciblées en association dans les maladies inflammatoires chroniques
Doctorat en santé publique
Encadrement : Patrick Maison, Émilie Sbidian
Financement : ANSM
Thèse de doctorat
L’utilisation croissante des thérapies ciblées en association dans les maladies inflammatoires à médiation immunitaire (IMIDs) soulève de nouvelles questions importantes concernant leur sécurité et leur efficacité en conditions de vie réelle. Bien que ces stratégies puissent améliorer les résultats cliniques, elles pourraient également être associées à un risque accru d’événements indésirables graves, tels que les infections opportunistes, les événements cardiovasculaires et les cancers.
Les objectifs de cette thèse sont de :
- Décrire les schémas d’utilisation des thérapies ciblées en association dans les IMIDs.
- Évaluer l’efficacité en vie réelle de différentes stratégies thérapeutiques (monothérapie versus thérapie ciblée en association) pour les indications les plus fréquentes.
- Identifier et quantifier de nouveaux signaux potentiels d’événements indésirables associés aux thérapies ciblées en association dans les IMIDs.
Utilisation, sécurité et efficacité des vaccins contre les papillomavirus humains (HPV) en France
Doctorat en santé publique
Encadrement : Rosemary Dray-Spira
Financement : ANSM
Thèse de doctorat
La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) vise à prévenir les infections à HPV et les maladies associées, notamment les cancers du col de l’utérus, les cancers génitaux et ORL. En France, la vaccination est recommandée et remboursée pour toutes les jeunes filles depuis 2007 et pour les garçons depuis 2021, mais la couverture vaccinale en 2022 restait largement inférieure à l’objectif de 80 % fixé par la stratégie décennale de lutte contre les cancers. Par ailleurs, bien que le profil de sécurité des vaccins contre le HPV soit désormais bien établi, l’hypothèse d’un risque rare mais accru de syndrome de Guillain-Barré après la vaccination doit être explorée dans de nouvelles études portant sur de larges populations. Enfin, compte tenu du recul encore limité depuis l’introduction de la vaccination contre le HPV, les données concernant son efficacité en vie réelle restent encore restreintes.
L’objectif de ce travail est d’apporter des éléments permettant de mieux caractériser l’utilisation, la sécurité et l’efficacité de la vaccination contre le HPV dans le cadre du programme vaccinal mis en place en France entre 2007 et 2023.
More specifically, the aim is to:
- Identifier les caractéristiques des personnes vaccinées en France entre 2007 et 2023.
- Mesurer le risque de syndrome de Guillain-Barré en association avec la vaccination contre le HPV.
- Mesurer l’efficacité de la vaccination contre le HPV sur le risque de cancer du col de l’utérus chez l’ensemble des filles et des femmes vaccinées en France entre 2007 et 2023.
Ce travail, fondé sur les données exhaustives du Système National des Données de Santé (SNDS), portera sur l’ensemble de la population concernée par le programme de vaccination contre le HPV entre 2007 et 2023, en distinguant les personnes vaccinées et non vaccinées à partir des données de remboursement du SNDS. Différentes approches méthodologiques seront envisagées pour mesurer l’association entre la vaccination contre le HPV et le risque de syndrome de Guillain-Barré, notamment la méthode des séries de cas auto-contrôlées (self-controlled case series, SCCS). L’efficacité de la vaccination sur le risque de cancer du col de l’utérus sera mesurée à l’aide de modèles de Cox ou de Poisson, en prenant en compte les caractéristiques sociodémographiques, les indicateurs d’état de santé et le niveau de recours au système de soins.
Sécurité au long cours pour la mère et pour l’enfant des traitements utilisés pour l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP)
Doctorat en santé publique
Encadrement : Rosemary Dray-Spira
Financement : ANSM
Thèse de doctorat
La sécurité au long cours des différents traitements utilisés au cours de l’AMP est encore mal caractérisée, avec de nombreuses interrogations persistantes sur leur possible association avec la survenue de cancers, notamment cancers hormono-dépendants chez les femmes, et avec les risques malformatifs et neuro-développementaux chez les enfants. La réalisation de travaux supplémentaires sur des populations larges est donc nécessaire pour évaluer le risque à long terme des traitements spécifiques utilisés au cours de l’AMP, pour la mère et l’enfant, d’autant plus au vu de l’élargissement de son accès à une grande partie de la population dans le cadre des dernières lois de bioéthiques.
Les travaux de thèse viseront à répondre à 3 objectifs :
- Caractériser les risques de malformations congénitales majeures associés à l’exposition maternelle aux traitements hormonaux utilisés pour l’AMP.
- Caractériser les risques de troubles neuro-développementaux associés à l’exposition maternelle aux traitements hormonaux utilisés pour l’AMP.
- Caractériser les risques de cancers hormono-dépendants associés à l’exposition aux traitements hormonaux utilisés pour l’AMP.
Les travaux reposeront sur les données du Système national des données de santé (SNDS). Pour répondre aux objectifs 1 et 2, les données du registre EPI-MERES, constitué de toutes les grossesses terminées en France depuis janvier 2010 et des enfants qui en sont issus, seront utilisés. Les risques de malformations congénitales majeures et de troubles neuro-développementaux seront comparés entre les enfants nés après AMP, considérés dans leur ensemble et séparément selon le type d’AMP et les traitements hormonaux reçus par la mère pour l’AMP, et ceux issus de grossesses sans AMP.
Pour répondre à l’objectif 3, Pour cette étude, l’ensemble des femmes pour lesquelles une AMP est identifiée dans le SNDS depuis 2010 seront inclues, que l’AMP ait été suivie d’une grossesse ou pas. Les risques de survenue d’un cancer hormono-dépendant (cancer du sein, de l’utérus, de l’ovaire, ou de la thyroïde) seront comparés entre les femmes ayant eu une AMP, considérées dans leur ensemble et séparément selon les traitements hormonaux reçus pour l’AMP, et celles qui n’en ont pas eu. Les analyses prendront en compte les autres facteurs de risque de cancers hormono-dépendants (notamment, caractéristiques sociodémographiques, comorbidités et co-médications).
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Examen de l’impact du « salami slicing » et des publications redondantes sur la qualité des données probantes dans les essais contrôlés randomisés et les revues systématiques des maladies inflammatoires
Doctorat en santé publique
Encadrement : Laurence Le Cleach
Financement : contrat doctoral
Thèse de doctorat
Le nombre croissant de nouvelles thérapies et d’études évaluant les maladies inflammatoires à médiation immunitaire (IMIDs), ainsi que l’augmentation des publications portant sur les traitements médicamenteux et leur efficacité, rendent nécessaire une synthèse rigoureuse et une évaluation méthodologique approfondie des données disponibles. La qualité de ces publications reste toutefois controversée, car nombre d’entre elles sont des « publications secondaires », souvent critiquées pour leur caractère redondant et pour la pratique du « salami slicing » – c’est-à-dire la fragmentation des résultats d’un même essai en plusieurs articles qui auraient pu être présentés dans un rapport unique et cohérent. Comme les publications portant sur des critères secondaires ne sont généralement pas alignées avec le plan de publication principal d’un essai contrôlé randomisé (ECR), un biais de sélection des résultats peut apparaître. Celui-ci survient lorsque les études ne rapportent pas l’ensemble des critères mesurés ou ne publient qu’une partie des analyses réalisées, souvent celles présentant des résultats favorables.
Les travaux de recherche indiquent que 90 % des publications secondaires rapportent au moins un résultat statistiquement significatif, la plupart provenant d’analyses de sous-groupes ou de résultats combinés. Les publications secondaires, associées à des pratiques possibles de salami slicing et de redondance, sont particulièrement préjudiciables à la qualité des revues systématiques et des méta-analyses, considérées comme les niveaux les plus élevés de la hiérarchie des preuves. Elles nécessitent non seulement davantage de ressources (temps, effort) pour identifier les doublons, mais elles favorisent également le « cherry picking » des résultats, c’est-à-dire la sélection d’informations favorables parmi plusieurs publications issues d’un même essai afin d’influencer les conclusions. L’ampleur et l’impact du salami slicing et des publications redondantes sur les données probantes concernant les IMIDs restent encore peu étudiés et mal compris.
Cette thèse vise donc à décrire les caractéristiques des publications secondaires issues d’essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité des traitements systémiques dans les IMIDs (avec un focus sur le psoriasis), et à identifier les facteurs associés à la publication secondaire, au reporting des critères de jugement et à la présence de résultats statistiquement significatifs dans ces publications. Elle vise également à évaluer l’impact des publications secondaires sur les revues systématiques et les méta-analyses portant sur les IMIDs.
Évaluation des traitements du carcinome épidermoïde cutané avancé à partir des données de l’Assurance Maladie française
Doctorat en santé publique
Encadrement : Émilie Sbidian, Olivier Dereure
Financement : Université de Montpellier
Thèse de doctorat
Le carcinome épidermoïde cutané (cSCC) est le deuxième cancer cutané le plus fréquent et est responsable d’environ 20 % des décès liés aux cancers de la peau, avec une incidence en augmentation liée au vieillissement de la population. Bien que le pronostic soit généralement favorable, les formes avancées (acSCC) surviennent principalement chez des patients âgés et fragiles et incluent des maladies non résécables, radio-résistantes ou métastatiques.
Jusqu’à récemment, seuls des traitements anti-EGFR utilisés hors AMM (principalement le cétuximab ± chimiothérapie) étaient disponibles en France, avec une efficacité limitée et une toxicité importante. Les anticorps anti-PD-1 ont depuis montré un bénéfice durable avec un profil de tolérance acceptable ; le cemiplimab est autorisé en Europe mais, en France, il n’est remboursé qu’après échec de la chimiothérapie ou en cas de contre-indication.
À partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS), notre première étude compare la survie des patients recevant en première ligne un anti-PD-1 versus le cétuximab ± chimiothérapie. La seconde étude combinera les données du SNDS et la base mondiale de pharmacovigilance de l’OMS afin de caractériser les événements indésirables immuno-médiés sévères (irAEs) associés aux anti-PD-1 dans l’acSCC. La troisième étude évaluera l’impact des corticostéroïdes et d’autres traitements concomitants sur l’efficacité des anti-PD-1, au regard de données émergentes dans d’autres cancers. Ensemble, ces travaux visent à optimiser les stratégies thérapeutiques et la sécurité des traitements en conditions de vie réelle dans la prise en charge de l’acSCC.
Doctorat en santé publique
Encadrement : Émilie Sbidian, Laura Pina-Vegas
Thèse de doctorat
Le lupus érythémateux systémique (LES) est une maladie auto-immune chronique rare, touchant principalement les femmes entre 15 et 45 ans. Il atteint plusieurs organes et évolue par poussées et rémissions, avec des manifestations allant de symptômes cutanés et rhumatologiques à des complications sévères rénales, neurologiques ou cardiorespiratoires. Le traitement standard associe l’hydroxychloroquine, les glucocorticoïdes et des agents immunosuppresseurs. En complément de ces traitements, deux biothérapies, le bélimumab (anti-facteur activateur des cellules B) et l’anifrolumab (anti-récepteur de l’interféron de type I), ont été approuvées pour réduire l’activité de la maladie et la fréquence des poussées tout en permettant une diminution progressive des corticostéroïdes. Toutefois, leur efficacité comparative et leur sécurité à long terme restent encore mal documentées, avec des risques rapportés incluant le zona, des troubles psychiatriques et de rares cas de leucoencéphalopathie multifocale progressive.
Cette thèse vise à évaluer et comparer l’efficacité en vie réelle du bélimumab et de l’anifrolumab en utilisant une émulation d’essai cible dans le Système national des données de santé (SNDS), et à analyser leur profil de sécurité en quantifiant les événements indésirables graves. Une étape préliminaire consiste à valider un algorithme d’identification des cas de lupus érythémateux systémique dans le SNDS à partir des dossiers hospitaliers issus de l’entrepôt de données cliniques de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Inscription en 2023
Analyse des dynamiques de transmission du COVID-19 et des comportements de vaccination : une approche multi-études
Doctorat en santé publique
Encadrement : Patrick Maison, Nadine Saleh
Financement : Ministère de la Santé publique du Liban
Thèse de doctorat
La pandémie de COVID-19 a entraîné une crise sanitaire mondiale qui a affecté la vie de millions de personnes. En étudiant les dynamiques de transmission du COVID-19, l’efficacité des vaccins au cours des différentes vagues épidémiques, ainsi que l’évolution des connaissances, des attitudes et des pratiques liées à la vaccination après la pandémie de COVID-19, nous chercherons à mieux comprendre l’impact de cette pandémie et les changements de comportement de la population à l’égard des maladies évitables par la vaccination.
The aim of this proposed doctoral thesis is to investigate the dynamics of COVID-19 transmission and vaccination behavior.
Vaccin contre la grippe : évaluation des interventions, du fardeau et de l’impact de la prévention
Doctorat en santé publique
Encadrement : Patrick Maison
Financement : Ministère de la Santé publique du Liban
Thèse de doctorat
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les épidémies de grippe saisonnière provoquent chaque année environ 3 à 5 millions de cas graves et 290 000 à 650 000 décès respiratoires, principalement parmi les groupes à haut risque tels que les personnes âgées et les enfants. La vaccination demeure l’intervention la plus importante pour la prévention de la grippe. Le Strategic Advisory Group of Experts on Immunization (SAGE) recommande la vaccination antigrippale annuelle pour certains groupes à risque, afin de réduire le risque de complications graves.
Il est essentiel d’estimer le fardeau de la maladie afin de mieux comprendre son impact, ainsi que d’évaluer le fardeau évité grâce à la vaccination, en particulier chez les groupes à haut risque.
D’autre part, l’hésitation vaccinale constitue une préoccupation mondiale, avec des raisons variées expliquant le refus de la vaccination selon les contextes. Plusieurs interventions ciblant différentes populations ont été développées afin d’augmenter la couverture vaccinale contre la grippe. Dans ce contexte, il est important d’identifier les facteurs prédictifs et les obstacles à la vaccination antigrippale, de comprendre l’impact d’une sensibilisation préalable à la vaccination antigrippale saisonnière sur l’acceptabilité de la vaccination en situation pandémique, et d’identifier les interventions les plus efficaces afin de développer des stratégies adaptées visant à améliorer l’acceptation du vaccin au sein des groupes cibles.
Stress, charge de travail et maladies cutanées inflammatoires à médiation immunitaire
Doctorat en santé publique
Encadrement : Khaled Ezzedine, Alexis Descatha
Financement : UPEC
Thèse de doctorat
Bien que les maladies cutanées inflammatoires à médiation immunitaire diffèrent par leur expression clinique, elles partagent des mécanismes physiopathologiques communs impliquant l’activation des lymphocytes. En effet, des études in vivo menées chez l’animal ainsi que des études en population humaine ont montré le rôle important du stress dans la modulation de la réponse immunitaire par l’intermédiaire des systèmes nerveux et endocrinien. Plus précisément, l’interaction entre le système neuroendocrinien activé et la réponse immunitaire contribuerait au développement et à l’exacerbation des maladies inflammatoires à médiation immunitaire, notamment par la sécrétion de cytokines inflammatoires. Le stress lié au travail a été associé à une augmentation de la sévérité de certaines maladies chroniques, en particulier les maladies cardiovasculaires. En revanche, les données restent très limitées pour les pathologies cutanées.
De plus, le travail de nuit en rotation est connu pour avoir un impact négatif sur les rythmes circadiens. Il est considéré comme un facteur de risque émergent de nombreuses maladies chroniques et d’une augmentation de l’inflammation, probablement en raison du stress induit par la désynchronisation circadienne.
En particulier, le stress lié au travail de nuit semble réduire la capacité de réparation des dommages oxydatifs de l’ADN, en raison de la suppression de la mélatonine. Des études antérieures ont également mis en évidence des altérations épigénétiques chez les personnes travaillant de nuit, suggérant un potentiel impact transgénérationnel. Par ailleurs, le stress provoqué par les modifications des rythmes circadiens liées au travail de nuit pourrait induire une augmentation des immunoglobulines E (IgE), traduisant une inflammation accrue et un déséquilibre de l’axe T-helper 1 (Th1) / T-helper 2 (Th2), augmentant ainsi le risque de développement et d’exacerbation des maladies atopiques.
Dans la cohorte CONSTANCES, une grande cohorte nationale française (https://www.constances.fr/ ), un questionnaire spécifique sur les maladies cutanées a été adressé aux volontaires de l’étude, avec un taux de réponse supérieur à 70 %. Cette enquête incluait des auto-questionnaires validés permettant l’auto-diagnostic de cinq maladies inflammatoires chroniques à médiation immunitaire, ce qui a permis d’identifier les patients atteints d’une maladie dermatologique chronique, qu’elle soit active au moment de l’envoi du questionnaire ou en rémission. Par ailleurs, une auto-évaluation de la sévérité de ces maladies a également été rapportée par les patients ayant déclaré un diagnostic de maladie cutanée chronique. La sévérité des dermatoses inflammatoires sera également évaluée à partir de la prescription de traitements systémiques associés à ces pathologies.
De plus, les participants de la cohorte CONSTANCES ont été invités à répondre à la question suivante : « Rencontrez-vous des situations stressantes dans vos relations avec le public au travail ? », avec quatre modalités de réponse possibles : (1) jamais ou presque jamais, (2) rarement, (3) souvent, et (4) toujours ou presque toujours, ainsi qu’à une évaluation de l’équilibre effort-récompense. Par ailleurs, dans le cadre du questionnaire d’inclusion auto-administré, les participants de la cohorte CONSTANCES fournissent des informations rétrospectives détaillées sur chaque emploi occupé (du premier emploi jusqu’à l’emploi actuel au moment de l’entretien), ainsi que sur les interruptions de carrière éventuelles (d’une durée de six mois ou plus).
Les informations recueillies sur les emplois comprennent les dates de début et de fin, le type de contrat, les horaires de travail, ainsi qu’une question ouverte permettant de préciser davantage la nature de l’activité professionnelle. De même, en cas d’interruption d’activité, les participants devaient indiquer la période concernée (date de début et de fin) et préciser les raisons de cette interruption (par exemple : santé, chômage). Ces données permettent d’obtenir une description détaillée de l’ensemble du parcours professionnel de chaque individu, sous la forme d’une description annuelle de la situation professionnelle entre 25 et 45 ans (séquence d’emploi), couvrant ainsi jusqu’à 21 années de carrière. À partir de ces séquences professionnelles individuelles, les participants de la cohorte CONSTANCES ont été classés selon six caractéristiques de trajectoire professionnelle : (i) le nombre d’emplois sous contrat temporaire ; (ii) les « carrières précaires », définies par le nombre de changements d’emploi ; (iii) le nombre de périodes de chômage ; (iv) les « interruptions involontaires », selon le nombre d’années sans emploi ; (v) la catégorie socioprofessionnelle entre 25 et 45 ans ; et (vi) les « désavantages cumulés », correspondant à l’absence de promotion au sein du poste occupé.
Enfin, lors du questionnaire d’inclusion, les participants ont été interrogés sur l’exposition cumulée à de longues durées de travail (≥ 10 heures par jour pendant au moins 50 jours, oui/non) ainsi que sur le nombre d’années d’exposition (<1 an, courte durée [1–<10 ans] et longue durée [≥10 ans]).
Les objectifs de la thèse seront de :
- Évaluer l’impact des situations stressantes dans les relations avec le public au travail sur la sévérité des dermatoses inflammatoires à médiation immunitaire : vitiligo, psoriasis, dermatite atopique, alopécie et hidradénite suppurée.
- Évaluer l’impact de l’exposition cumulée à de longues durées de travail sur la sévérité des dermatoses inflammatoires à médiation immunitaire : vitiligo, psoriasis, dermatite atopique, pelade et hidradénite suppurée.
- Étudier l’impact de la perte d’emploi sur la sévérité des dermatoses inflammatoires à médiation immunitaire : vitiligo, psoriasis, dermatite atopique, alopécie et hidradénite suppurée.
Efficacité et sécurité des traitements biologiques dans le psoriasis : inférence causale à partir de données observationnelles
Doctorat en santé publique
Encadrement : Émilie Sbidian, Thang Vo
Financement : UPEC
Thèse de doctorat
Les biothérapies ont transformé la prise en charge du psoriasis, en offrant des options thérapeutiques efficaces et bien tolérées pour cette maladie cutanée chronique et douloureuse. Cependant, elles peuvent augmenter le risque d’infections nécessitant une hospitalisation.
Chez les patients à haut risque, notamment ceux ayant présenté des infections récentes, les données de sécurité restent limitées, et les infections prises en charge en ambulatoire sont rarement étudiées conjointement avec les infections nécessitant une hospitalisation. Par ailleurs, la persistance des biothérapies tend à diminuer au fil du temps, en particulier pour les inhibiteurs du TNF (infliximab, étanercept, adalimumab, certolizumab), en partie en raison du développement d’anticorps anti-médicament (ADAb). Dans la polyarthrite rhumatoïde, l’association d’un méthotrexate à faible dose avec un inhibiteur du TNF réduit la formation d’ADAb. Cependant, les données dans le psoriasis restent limitées et le rôle de cette association dans les différences de persistance des traitements demeure mal compris.
Cette thèse de doctorat sur 3 ans utilisera les données du Système National des Données de Santé (SNDS) afin de :
- Évaluer le risque d’infections prises en charge en hospitalisation et en ambulatoire chez les patients initiant une biothérapie ayant des antécédents d’infection.
- Évaluer le rôle du méthotrexate concomitant dans l’amélioration de la persistance des biothérapies, et développer puis appliquer de nouvelles méthodes pour une évaluation robuste des traitements du psoriasis, en utilisant une approche de différence-en-différences avec variable instrumentale (IV-DID).
Rythmes circadiens alimentaires – déterminants et liens avec la santé métabolique et les dermatoses inflammatoires
Doctorat en santé publique
Encadrement : Khaled Ezzedine, Bernard Srour
Financement : ANR
Thèse de doctorat
L’impact de la qualité nutritionnelle de l’alimentation sur la santé est désormais bien établi(1). En revanche, l’impact du rythme et du moment des prises alimentaires a été peu étudié. Pourtant, un nombre croissant de travaux suggère que les altérations des rythmes circadiens, liées à certains comportements aux horaires irréguliers caractéristiques des sociétés occidentales modernes, pourraient jouer un rôle important dans l’augmentation du fardeau des maladies non transmissibles.
À titre d’exemple, le travail de nuit a été classé comme probablement cancérogène pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) (2), et a été associé à un risque accru de plusieurs maladies, dont le psoriasis chez les femmes (3). Outre l’exposition à la lumière, qui agit sur l’horloge centrale, les prises alimentaires constituent le principal facteur de resynchronisation (zeitgeber) des horloges périphériques, en particulier au niveau du foie (4).
Plus généralement, la rythmicité des habitudes alimentaires (horaires et fréquence des repas), indépendamment de la qualité de l’alimentation elle-même, varie au cours des différentes étapes de la vie (enfance, vie étudiante, début de la vie professionnelle, milieu de vie, retraite), mais aussi selon les saisons ou les activités sociales (jours travaillés, week-ends, vacances, voyages et décalages horaires). Ces variations et perturbations circadiennes sont fortement influencées par l’organisation de la société et du travail. Par ailleurs, les médias, les réseaux sociaux et diverses initiatives commerciales ont suscité, sans preuve scientifique solide d’efficacité, un intérêt croissant du grand public et des patients pour le jeûne intermittent (notamment l’alimentation à durée limitée), présenté comme un moyen d’améliorer la santé métabolique et de limiter le surpoids. Des études expérimentales ont montré que des souris nourries uniquement pendant leur phase active étaient protégées contre l’obésité, l’hyperinsulinémie et l’inflammation, comparées à d’autres consommant la même quantité de calories répartie sur 24 heures (5). Malgré les résultats de ces études expérimentales, des questions fondamentales demeurent chez l’être humain concernant le risque de maladies non transmissibles, et le moment optimal ainsi que la fréquence des repas et des périodes de jeûne pour la santé métabolique restent encore inconnus.
La communauté scientifique et médicale accorde une attention croissante au rôle de ces comportements alimentaires et de ces régimes dans la santé métabolique et les dermatoses inflammatoires (6,7), compte tenu de la forte plausibilité mécanistique de ces liens, ainsi que des associations suggérées entre horaires des repas et composition du microbiote intestinal (8). Cependant, les études épidémiologiques de grande ampleur explorant l’association entre l’alimentation à durée limitée, en distinguant l’early time-restricted feeding (eTRE) et le late time-restricted feeding (lTRE), sont quasiment inexistantes. Cela s’explique notamment par le fait que la collecte de telles données nécessite des questionnaires alimentaires répétés et détaillés, incluant les horaires des repas, qui ne sont pas disponibles dans la plupart des études à l’échelle mondiale. L’hypothèse de cette thèse est qu’au-delà de la qualité nutritionnelle, il existe des horaires et des durées optimales de prise alimentaire susceptibles d’améliorer la santé et de contribuer à la prévention des maladies chroniques. Les individus dont les comportements alimentaires se rapprochent de cet optimum présenteraient des profils métaboliques, inflammatoires et oxydatifs plus favorables, ainsi qu’un risque plus faible de maladies chroniques. Par ailleurs, certaines étapes clés de la vie, en plus des changements dans la qualité de l’alimentation, pourraient s’accompagner de rythmes alimentaires s’éloignant ou se rapprochant de ces optima.
